Les dénis de Démocratie

Publié le par partidegauche79

Les dénis de démocratie    (Article de mai 2005)

Que la démocratie soit la merveilleuse utopie dans laquelle nous lança la Révolution de 89 et que depuis le peuple français ne cesse de poursuivre , c’est incontestable et explique les hauts et les bas de ce cheminement vers un plus démocratique .Les régressions s’expliquent lorsque le gouvernement est de droite , et nous nous battons par la voie des élections pour mettre un gouvernement de gauche à la place .Mais en fait, de quelque parti que soient issus les gouvernements, il me semble qu’on assiste en France depuis 1958 à une longue dégradation de la démocratie .

La première fois que j’ai eu l’impression d’une régression , c’est lorsqu’en 96 , on nous a annoncé qu’il n’y aurait plus de service militaire pour les jeunes citoyens. On nous avait pourtant bien dit que lors du putsch des Généraux à Alger , le rôle du contingent avait été décisif et que les jeunes recrues avaient sauvé la République .Que le service militaire eût besoin d’une réforme, que jeunes hommes et jeunes femmes dussent être associés dans ce devoir citoyen, qu’on réduise sa durée une fois acquis un certain nombre de principes et de connaissances, soit . Mais supprimer ce service national garant du pouvoir du peuple sur sa propre nation , m’a paru inquiétant .Il m’a semblé que peu de gens protestaient .

Ensuite m’ont paru bien contestables ces réductions du principe de représentation à la proportionnelle . Quand je regrette en public le respect de la proportionnelle , on me répond deux choses : 1)“On aura le Front National au Parlement .”2) “Le Parlement devient difficile à gérer”

En ce qui concerne la représentation du Front National , c’est une hypocrisie de prétendre être démocratique et écarter un parti qui a suffisamment de voix pour exister au Parlement . Il me semble qu’il faut prendre ses responsabilités et que l’on peut interdire un parti qui prône le racisme et justifie le nazisme . Il y a eu assez de procès contre le Pen pour permettre cette interdiction .

Pour la deuxième remarque , je dirais que la démocratie est en effet lourde à gérer mais que cela en vaut la peine . Si on ne cherche pas l’assentiment des minorités représentées , ou un compromis qui tienne compte de leurs positions , que vaut une décision qui s’impose autoritairement à la moitié ou presque des citoyens ? Le résultat de cette loi majoritaire extrêmement falsifiée est multiple et multiplie les dénis démocratiques . Puisque pour quelques voix de plus le parti majoritaire a la majorité absolue au Parlement , non seulement il ne se donne plus la peine de convaincre le reste de l’Assemblée ni même de débattre devant la Nation , mais il fait fi des contre pouvoirs exercés souvent timidement par les syndicats ; la plupart de ceux-ci, pour ne pas être complètement marginalisés, finissent par se contenter de bribes dérisoires arrachées au paternalisme opportuniste du gouvernement .Il ne reste plus au peuple que la rue pour exprimer son désaccord . Il est très important que nous puissions manifester mais ce seul recours qui reste au peuple pour s’exprimer présente des dangers de dérives évidents et confirme l’inutilité des députés de l’opposition . Ce n’est pas comme cela que devrait fonctionner une démocratie .

Et nous en arrivons à ce qui est devenu une évidence sous le gouvernement de droite extra libéral qui nous dirige . Il ne tient compte ni du Parlement, ni du peuple dans la rue . Vous pouvez toujours protester , c’est nous qui décidons car nous avons le pouvoir . C’est de la tyrannie .

Le comble a été atteint avec le vote pour le référendum sur la Constitution Giscard : Il était présenté comme un scandale de dire non . C’était “une connerie” , les tenants du non étaient “irresponsables” , soudain tentés par un souverainisme suspect de xénophobie nationaliste , ils seraient totalement isolés , ce qui n’empêchait pas l’argument contradictoire selon lequel ils allaient stopper la marche en avant (vers le tout libéral?) de l’Europe . Bref des vilains moutons noirs qu’il fallait mettre à la raison .Où est la démocratie quand on déconsidère aussi radicalement et fortement que possible une des deux réponses au référendum ?

Or les résultats du vote ont justifié de façon éclatante la position des gens de gauche pour le “non” puisque le peuple a voté avec eux , et malgré le battage médiatique quasiment unanime pour le “oui” . Nous attendions que le Parti socialiste , seul parti de gauche à avoir pris position pour le oui , reconnaisse son erreur et comprenne pourquoi ses adhérents qui avaient choisi le non n’avaient pas respecté la discipline du vote interne au Parti . Nous, les tenants du “non”, nous avions bien analysé la Constitution de Giscard et nous avions vu qu’elle était contraire aux intérêts les plus évidents des petites gens, ceux qui vivent de leur travail. Nous ne pouvions pas nous taire car il y avait là un intérêt bien supérieur à celui de la discipline . Nous ne pouvions pas trahir par notre silence ceux que le Parti Socialiste a pour mission de représenter et de défendre . Mais les vaincus du “oui” n’ont rien reconnu du tout ; le peuple a voté “non” ? Il s’est trompé , disent les notables (à tort appelés les “élites”) et en particulier le secrétariat national de ce Parti . Où est la démocratie quand les dirigeants des syndicats sont en désaccord avec leur base et que la plupart des partis politiques (dont le nôtre) s’obstinent à mépriser le vote majoritaire ?

Démocratie , pouvoir du peuple citoyen ...Il est temps de la repenser à travers de nouvelles institutions et une autre éthique politique .

 

                                                                                               Y.T.

 

Le 7 juin tous aux urnes pour voter

 

Front de Gauche

 

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